Mistral: demande de rectification d'une dépêche Reuters

A l'attention de Reuters Pays de Loire

Cher Monsieur,

Suite à une observation de notre activiste Alain Godet, nous nous permettons de vous signaler une dépêche Reuters anglo-saxonne concernant les Mistrals. Elle a été élaborée sur la base d'informations principalement obtenues de Moscou soit en direct, soit par le biais de Sputnik, un de ses relais médias. Elle contient des informations erronées.
Sink or sell? Russia spat leaves France with warships to spare

Nous vous écrivons directement ne sachant pas comment adresser aux auteurs une demande de rectification.


1. Sabordage chimérique

On peut noter que le titre, "Sink or sell? Russia spat leaves France with warships to spare", n'est pas une alternative crédible.
L'hypothèse d'un sabordage est absolument impossible. Le Général Christian Quesnot, en retraite depuis 1995, reconverti dans le conseil, n'a ni l'autorité, ni la spécialité, pour se prononcer sur la question. De plus, il fait référence à des pratiques qui n'ont plus cours en France. Citons, par ailleurs, le journal "Le Point" qui commente l'action du Général Quesnot au Rwanda : déjà, on pouvait observer "...que François Mitterrand, ancien ministre de la France d'outre-mer, se soit de plus en plus appuyé sur « ses » généraux de l'infanterie de marine pour conduire une politique africaine d'un autre âge au cœur du continent, c'est certain..."
Christian Quesnot : un général très politique

Quoiqu'il en soit, vous savez comme nous que n'importe quel professionnel du monde maritime dira : "Aujourd'hui, en France, le sabordage relève de la chimère". Une recherche plus approfondie le confirme comme nous l'avons exposé ici :
Pourquoi est-il impossible de saborder les BPC Mistral de Saint-Nazaire ?


2. Manipulation de l'opinion

Plus gravement, nous avons aussi exposé, dans "L'Express", comment le chimérique sabordage avait été exploité par le Kremlin pour manipuler l'opinion française et internationale dans son litige qui l'oppose à la France.
Sabordage des Mistral: "Comment les médias français ont été manipulés"

La présente dépêche de Reuters montre l'étendue de la mystification.


3. Les normes civiles françaises ne sont pas des normes militaires russes

“Yet senior defense ministry official Yury Yakubov, quoted by Interfax news agency, argued they could not be sold on because the carriers were built to specific Russian navy requirements and therefore it was a "matter of state security."
Les BPC ont été construits par des chantiers civils français selon des normes civiles françaises. Que leur hangar ait été surélevé et le pont d'envol renforcé pour des hélicoptères plus volumineux n'est pas un inconvénient. Que leur coque ait été prévue pour naviguer dans une mer où l'on peut rencontrer de la glace et que le pont d'envol puisse être dégivré n'est pas non plus un handicap. Voilà des avantages pour un autre acquéreur potentiel mais tout ceci ne relève pas d'un savoir faire qui soit "a matter of state security". Rappelons, encore une fois, que ces aménagements ont été faits par un chantier civil français et non pas dans une base secrète russe.

Curieusement, il n'est pas fait mention des poupes construites à Saint-Pétersbourg. Il s'agissait, néanmoins, de la partie la plus facile à réaliser sur ces deux navires. Nous avons appris de la part de professionnels du chantier STX que l'arrière du Vladivostok, construite à St Saint-Pétersbourg, contenait des malfaçons qui ont dû être désassemblées et ressoudées à Saint-Nazaire. Pour le Sébastopol, afin d'éviter ces désagréments, des techniciens de STX sont allés, en renfort, encadrer et former les constructeurs russes.

Les "spécificités russes" ne résistent pas à l'analyse comme l'a indiqué, au quotiden Ouest-France, le Capitaine de Vaisseau Bernard Prézelin, auteur de l'ouvrage de référence, "Flottes de combat".
Mistral. Que faire désormais des deux bâtiments ?


4. Fausses allégations d'une potentielle vente à la Chine

"An intriguing outside bet might involve China. Amid a warming of Paris-Beijing ties under Hollande, the Dixmude - another Mistral-class vessel - attracted speculation when it docked in Shanghai earlier this month for a week."
La Chine est sous embargo militaire depuis le massacre de Tiananmen. La mission "Jeanne d'Arc" réalisée par le BPC Dixmude et une frégate accompagnatrice a lieu en alternance, d'une année sur l'autre, à l'Ouest puis à l'Est du Globe. Elle a pour objet de former les élèves officiers de la Marine Nationale. Le programme est élaboré longtemps à l'avance, en l'occurrence, pour cette année, avant la suspension du contrat Mistral avec la Russie. Il s'agit d'un renseignement ouvert.
Le déplacement du Dixmude en Asie n'a donc pas pour objet de faciliter un achat, par la Chine, des BPC Vladivostok et Sébastopol. De plus cette option a été expressément démentie par le gouvernement français. Il s'agit là d'une exception remarquable au black-out généralement appliqué au contrat Mistral. Il aurait été bon de signaler ce démenti ou, tout simplement, de ne pas mentionner cette hypothèse qui n'en est pas une.
France Denies Sale Of Russian Mistrals Destroyer To China


5. Frais de gardiennage qui ne correspondent pas à la réalité

"...it is already costing 5 million euros a month to maintain them at their current port on the Atlantic".
Localement, ce montant n'est pas pris au sérieux. A Saint-Nazaire, les bureaux des journaux régionaux disposent de chiffres biens différents. Ils considèrent même que les 400 K Euros par mois, déterminés par "Le Marin", pour le Vladivostok, sont supérieurs au coût réel.
Le vrai coût du « Vladivostok » à Saint-Nazaire

Rappelons que, pour l'instant, le Sébastopol n'entre pas dans les frais de gardiennage résultants de la non-livraison puisqu'il devait, contractuellement être livré vers la fin octobre 2015, et non pas 2016 comme indiqué dans l'article. De plus, il existe en Rade de Brest des possibilités de gardiennage encore moins onéreuses qu'à Saint-Nazaire.

Nous vous remercions du temps que vous avez bien voulu dédier à la lecture de notre réponse. Nous espérons que Reuters procédera aux éclaircissements nécessaires et voudra bien, à l'avenir, faire appel à son journaliste régional, bien au fait du contrat Mistral, plutôt que de faire réaliser, à Paris et à Moscou, une compilation d'éléments subjectifs qui sont déjà parus depuis longtemps dans "Sputnik", source partiale et douteuse sur ce litige.

Bien cordialement

Alain Godet & Bernard Grua, le 8 juin 2015
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